Roger Sinha

Une série pour mieux connaître ceux et celles qui oeuvrent aux productions de PPS Danse.

Roger Sinha

Roger Sinha / chorégraphe invité pour la production Danse Lhasa Danse

Votre lieu de naissance ?

Je suis né à Londres, Angleterre.

Comment vous est venu l’envie de chorégraphier ?

Être danseur n’a jamais été suffisant pour moi. Dès le début, j’étais obsédé par la création de nouveaux mouvements, des mouvements que personne d’autre n’avait jamais fait auparavant, je voulais être original, créatif et innovant. J’ai eu mon premier spectacle professionnel avec Danse Partout à Québec. Le directeur artistique, Luc Tremblay, demandait aux danseurs de participer au processus de création. En danse contemporaine, ce n’est pas unique, ces recherches sont éventuellement utilisés dans les œuvres finales. Mes mouvements ont toujours été choisis. Je suis arrivé à Montréal en 1990 où la scène de la danse contemporaine était florissante. J’ai dansé pour Sylvain Émard, Jean-Pierre Perreault, Hélène Blackburn et bien d’autres. 

J’ai toujours eu le désir de devenir chorégraphe. Ma première soirée complète d’œuvres de danse a eu lieu à la Maison de la culture la Petite-Patrie. Une des responsables, Monique Garneau, a décelé quelque chose en moi et m’a invité à présenter mon travail l’année suivante. 

J’étais très influencé alors par les grands chorégraphes de l’époque : Ginette Laurin, Édouard Lock et d’autres. Mais il me manquait quelque chose, d’où la singularité et l’originalité retrouvées dans mon origine indienne. C’est ainsi qu’a pris forme mon premier solo, Burning Skin, qui portait sur le racisme, sur la honte d’être un « paki ». Burning skin a connu un succès immédiat, elle a fait le tour du Canada, a été jouée en Inde, au Royaume-Uni, à New York et a été filmée en 1994 par la CBC. Ma carrière de chorégraphe était lancée ! Sinha Danse a été fondée en 1991. 

La danse reste pour moi ma principale forme d’expression, même si je me suis aventuré dans la réalisation de films, l’écriture et la musique.

Vous étiez d’abord danseur ?

J’ai d’abord commencé à me former au jazz, puis au ballet, et enfin je suis entré à l’École de danse de Toronto en 1982. J’ai abandonné des études en économie pour me consacrer à la danse qui me rendait beaucoup plus heureux. Je pensais devoir m’assurer un emploi alors que je voulais une vocation. Si ce mot rime avec passion, alors ce que je voulais, une vocation qui me passionnait. Dans les années 70, je passais mes soirées en discothèque et je dansais. J’ai aussi pratiqué le karaté. Les mouvements, souvent beaux dans la forme, m’attiraient beaucoup. Le karaté m’a aussi permis de rattraper un retard de départ, je pouvais faire des fractionnements, des coups de pied au-dessus de la ceinture et faire de grands sauts. Les Katas étaient aussi des mouvements chorégraphiés, comme la danse, et en karaté j’y excellais. J’ai obtenu une ceinture noire et, en tant que grand danseur comme John Travolta, j’ai fait de très bons débuts dans la danse, même à un âge avancé.

Quelle formation ou perfectionnement a été le vôtre ?

Six mois de jazz, deux ans de ballet sérieux et deux ans à l’École de danse de Toronto (technique Graham).

Est-ce qu’il vous arrive souvent de recevoir et d’accepter des invitations pour un projet regroupant plusieurs voix ou signatures ?

Pas très souvent, Lhasa était la plus importante.

Quelle est habituellement votre façon de travailler ou votre état d’esprit en commençant un projet de chorégraphie ?

Il y a d’abord le mouvement. Même si le thème de la chorégraphie est clair, je commence juste à créer le mouvement en studio. J’ai un style chorégraphique particulier, basé sur une technique qui mélange danse indienne et danse contemporaine. J’improvise quelques mouvements et je commence à construire des phrases. Avec d’autres danseurs en studio, je construis les phrases avec eux.

Que représente pour vous l’univers de Lhasa de Sela ? avez-vous une histoire particulière avec son répertoire ?

Je l’ai beaucoup écoutée dans les années 90. Je l’ai une fois aperçue marcher, si facilement reconnaissable. J’étais trop timide pour lui dire bonjour.

Vous aviez envie de chorégraphier un morceau en particulier ? une chanson qui vous est chère ?

Non, en fait, j’ai repris du matériel que j’ai adapté. Au départ, je n’étais pas certain, en raison de plusieurs contraintes, mais avec le temps, le travail a pu se raffiner. Pierre-Paul a choisi les chansons, mais les deux qui m’ont été assignées m’étaient très familières et j’ai adoré.

Vous connaissez Pierre-Paul depuis longtemps ?

Je suis arrivé à Montréal en 1989. J’ai suivi un cours avec Jean-Pierre Perreault. Il avait besoin de remplacer un danseur  pour un projet spécifique à New York qui impliquait 24 danseurs. Pierre-Paul et Jeff Hall étaient deux de ces danseurs. Je me souviens d’eux qui répétaient sans cesse pour un mouvement avec lequel ils avaient du mal. Même après une journée entière de travail, sous le soleil brûlant, ils étaient là tous les deux, Pierre-Paul sautant sur Jeff pendant plus d’une demi-heure. Pierre-Paul, ce danseur infatigable !

J’ai senti de sa part une grande confiance en moi, comme chorégraphe et à la direction d’une compagnie de danse. À un moment, nous avons décidé de partager un espace de travail et une longue période de collaboration a commencé.

Je l’adore en tant qu’artiste et en tant qu’être humain. Il est une source d’inspiration pour nous tous.